
Par Noé Girard, ingénieur d’études AgroParisTech pour le PEI SADAPTER
©️ AgroParisTech / N.Girard
Le Morvan offre des paysages prairiaux largement façonnés par l’élevage bovin allaitant ; toutefois, ils sont également perçus et vécus par une diversité d’acteurs, notamment les habitants et les visiteurs. Alors que l’élevage bovin allaitant connaît une crise systémique (Dubrulle, 2024), la décapitalisation bovine figure parmi les principaux moteurs de la déprise agricole dans le Morvan. Dans ce contexte, les paysages se referment et les prairies tendent à s’enfricher. Les perceptions de ce processus au sein de la communauté paysagère peuvent diverger, en lien avec des enjeux à la fois agricoles, territoriaux et culturels.
La réflexion sur la déprise agricole et ses effets sur les paysages amène à s’intéresser à la notion de « communauté patrimoniale », introduite par la Convention de Faro (Conseil de l’Europe, 2005). Elle désigne un groupe de personnes qui, quel que soit leur statut ou leur origine, partagent un attachement commun à certains paysages et leur attribuent ainsi une valeur particulière. Dans le contexte du Grand Site de France (GSF) Bibracte – Morvan des Sommets, cette définition se confronte toutefois à des manières variées de voir et de vivre le territoire. Les éleveurs, par exemple, sont souvent fortement attachés aux prairies, qu’ils envisagent avant tout comme des espaces de production. À l’inverse, certains habitants et visiteurs y recherchent d’autres qualités, comme le calme, la tranquillité ou la beauté des paysages.
Pour mieux comprendre ces différents regards, Noé Girard, ingénieur d’étude, a réalisé des enquêtes auprès des visiteurs du GSF (rencontrés au musée de Bibracte) et d’éleveurs charolais (rencontré au marché au cadran de Moulin-Engilbert). La méthode repose sur des entretiens semi-directifs appuyés par un jeu de quinze photographies représentant des prairies du GSF. Les participants sont d’abord caractérisés (âge, sexe, profession, lien au territoire et familiarité avec le Morvan), puis invités à évaluer chaque image selon trois critères : l’attrait visuel, le niveau d’entretien perçu et la typicité morvandelle, chacun étant noté sur une échelle de 1 à 5.
L’étude a conduit à la rédaction d’un article qui vient d’être publié dans la revue EchoGeo, que nous vous invitons à lire dans son intégralité. Elle révèle, entre autres, deux résultats intéressants qu’on se propose ici d’esquisser très rapidement :
- Les visiteurs portent un regard plus tolérant que les éleveurs sur les prairies embroussaillées. La plupart des visiteurs préfèrent les paysages qui ne sont ni complètement embroussaillé, ni complètement entretenus
- Visiteurs comme éleveurs ont tendance à préférer les paysages où des animaux d’élevage sont visibles
Figure 1 : Paysage de prairie où figure des joncs au premier plan (Auteur : Antoine Maillier, Commune : La Comelle) – ce paysage est en moyenne celui préféré par les visiteurs

Figure 2 : Un pré de fauche du Sud Morvan (Auteur : Antoine Maillier, Commune : La Comelle) – Ce paysage est en moyenne celui préféré par les éleveurs

Figure 3 : Une prairie partiellement embroussaillée (Auteur : Antoine Maillier, Commune : Saint-Léger-Sous-Beuvray) – Cette photo attire la sympathie des visiteurs et des éleveurs. De nombreux enquêtés notent la présence des bovins comme un atout de ce paysage.














